Chapitre I Patou

Chapitre 1

La blessure

Le troupeau semblait immobile comme figé dans la bergerie silencieuse.

Les retardataires habituels de la traite du soir ne se pressaient pas vers la grande machine qui prenait leur lait avec l’avidité d’un agneau de printemps… le bruit même de la « suceuse » paraissait incongru tant l’atmosphère était lourde et chargée d’angoisse.

Belle, un patou des Pyrénées1, repoussait toujours son unique petit, refusant de l’allaiter.

Doucement, je pris dans mes mains cette petite boule blanche et tiède et la déposai près du flanc de Bianca, la dernière brebis ayant encore du lait.

Après l’avoir flairé du museau à la queue, elle le laissa téter comme son propre agneau qu’elle venait de perdre.

Les deux labrits2 s’approchèrent : « agneau ou chiot ? », ils voulaient savoir, car leur rôle était d’encadrer et de mener le troupeau. Si le nouvel arrivant était un chien, il pourrait aider à la conduite des moutons, sinon il devrait obéir et se fondre avec les autres… ou gare aux morsures en cas de désobéissance !

patou&agneau
La chienne juste avant son combat avec l’ours.

La chienne se retourna encore sur la paille rougie par son flanc, elle haletait de douleur… l’ours l’avait profondément blessée quand elle s’était interposée entre lui et le troupeau, mais il avait fui, et c’était là l’essentiel. Elle avait fait ce qu’elle devait faire : défendre son troupeau.

Maintenant, elle se laissait aller, doucement, sans la moindre plainte et seul son regard semblait traduire cette douleur sourde qui lui vrillait le flanc.

Déjà l’horloge de l’étable marquait six heures.

Le vétérinaire arriverait-il à temps ? Cette route coupée par les chutes de pierres ne pouvait être contournée, il fallait donc prendre par la passe des douaniers avec trois heures de marche supplémentaires ! François arriverait-il à temps ? Le vétérinaire serait-il chez lui, prêt à le suivre aussitôt ? Et surtout, pourrait-il faire quelque chose ?

Cela faisait bientôt cinq heures qu’il était parti, la chienne ne tiendrait plus très longtemps, il le savait.

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